|
Comme un vol de gerfauts héroïque et
brutal
Fatigués de porter routiers et capitaines
De Palos de Moguer leurs misères hautaines
Partaient, ivres d'un rêve hors du charnier
natal
Ils allaient conquérir du monde occidental
Que Cipango mûrit inclinaient leurs antennes
Et les vents alizés dans ses mines lointaines
Aux bords mystérieux le fabuleux métal
Chaque soir, espérant de la mer des Tropiques
L'azur phosphorescent des lendemains épiques
Enchantait leur sommeil en un ciel ignoré,
Où, penchés à l'avant des étoiles
nouvelles
Ils regardaient monter d'un mirage doré
Du fond de l'Océan de blanches caravelles
Jose-Maria de Heredia, Les Conquérants
|
Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l'âpre sommet que le couchant allume;
Au loin, brillante encor, par sa barre d'écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.
A mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l'homme est rentré sous le chaume
qui fume;
Seul, l'Angélus du soir, ébranlé
dans la brume,
A la vaste rumeur de l'Ocean s'unit.
Alors, comme du fond d'un abîme des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.
L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d'or de son rouge éventail.
Jose-Maria de Heredia, Soleil couchant
|